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OSFS - Benin
Lettre
 

L’homme est le Paradis du Paradis même puisque le Paradis n’était fait
 que pour être le séjour de l’homme
comme l’homme a été fait pour être le séjour de Dieu.
François de Sales

Noël 2006

 

Chers confrères,

 

Le message de P’tit Bio vous a transmis mes vœux pour Noël.  Je voudrais aussi vous souhaiter une très bonne nouvelle année. Que 2007 soit pour vous et vos communautés, une année de joie et d’espérance … !
Voici quelques nouvelles du Bénin où je suis maintenant depuis juillet …

Communauté. Le 22 juillet, trois jeunes Oblats béninois ont été ordonnés prêtres : Bernard de Clairvaux, Guillaume et Symphorien. Les Oblats inscrivent ainsi leur histoire en terre d’Afrique. Une joie pour nous ! Depuis, Bernard a commencé son ministère au bureau diocésain de développement, Guillaume dans une nouvelle paroisse de première évangélisation, Symphorien à l’aumônerie universitaire.
Début septembre a eu lieu la première assemblée générale des Oblats au Bénin, temps fort de partage pour définir nos perspectives d’avenir. Cette année 2006-2007 doit nous permettre de faire un pas supplémentaire vers une plus grande prise en charge de notre mission du Bénin par elle-même et cela engage les prochaines années que nous aurons à bâtir ici ensemble. Dans quelques mois nous pourrons vous en dire plus !!!
Nous avons partagé cet avenir avec notre nouveau supérieur général, le Père Aldino Kiesel, brésilien, élu en août dernier, qui est venu nous rendre visite fin novembre avec le Père Sébastien Leitner, supérieur délégué de notre mission des Indes et nous aurons aussi la joie de le partager à nouveau après Noël avec le Père Michel Tournade qui a été renommé provincial des Oblats de France et du Bénin pour un mandat de quatre ans. Pendant sa visite, le Père Michel recevra, le 3 janvier, le renouvellement des vœux annuels temporaires de nos deux frères Alain et Ferdinand. Actuellement la communauté des Oblats au Bénin est composée de sept prêtres, trois français et quatre béninois et de deux frères béninois. Le noviciat accueille trois novices qui feront leur première profession en septembre prochain. Et d’autres jeunes sont en attente … !

Solidarité. Tout le mois d’août, treize jeunes des Balcons du Lyonnais, étudiants pour la plupart, sont venus partager avec les jeunes du Bénin à travers deux projets humanitaires : une ferme école, Fondéou, et un Centre d’accueil d’enfants de la rue, Notre Dame du Refuge. Temps forts de partage, d’écoute et de dialogue interculturel. Des rencontres avec les étudiants de l’Université de Parakou et la découverte du pays ont complété leur séjour.
Ce voyage, préparé pendant deux ans, a répondu à ses objectifs ; le groupe, très uni, a su profiter au maximum de ce temps pour s’ouvrir aux problèmes de développement et saura certainement apporter un témoignage de la nécessité de l’entraide et de la solidarité Nord/Sud. Merci à Adeline, Alexis, Christophe, Claudine, Clothilde, Guillaume, Guillemette, Julien, Marc, Marie-Christine, Romain, Sandrine et Vinciane, pour ce temps merveilleux où chacun a donné le meilleur de lui-même.
Il y a eu tant de choses intensément vécues qu’il est difficile de le partager ici, mais je sais que ces jeunes ont su le faire partager à leurs parents, leurs amis et les paroisses des Balcons du Lyonnais. D’autres jeunes, avec le soutien des Oblats de Craponne, Antoine et Thierry, se sont mis en marche pour 2007 et pour 2008. Nous les attendons !!!

Salésianisme. C’est une des priorités des Oblats, tant en France qu’au Bénin. Nous avons vécu cette année à Troyes une session renouvelée des Échanges Salésiens, sur le thème : Pèlerins d’Amour … Chemin(s) de vie, du quotidien à l’éternité, avec saint François de Sales. En 2007, la session aura lieu à nouveau à Troyes la dernière semaine d’août, sur le thème : La civilité salésienne, un art de vivre en société (aujourd’hui).
Pour sa session annuelle, le Bénin a accueilli Sœur Claudine Delmée, Salésienne de la Visitation venue du Congo, sur le thème de l’accompagnement spirituel.
Ces sessions qui réunissent différents membres des familles salésiennes et des personnes vivant de la pensée et de la spiritualité de saint François de Sales, nous rappellent que nous avons là un « trésor spirituel » très adapté au monde de notre temps et qu’on ne se lasse pas de redécouvrir …

Le Bénin. Que vous dire du Bénin après sept ans d’absence, même si depuis trois ans j’ai eu l’occasion d’y passer régulièrement quelques semaines ! Ce qui frappe d’abord, depuis la démocratisation de la vie politique, est l’irruption de la mondialisation à tous niveaux avec l’émergence d’une classe moyenne. Mais le pays est toujours douloureusement confronté à tous les problèmes d’un pays en voie de développement : pauvreté, analphabétisme, corruption, maladies endémiques : SIDA, paludisme, etc. Le développement des nouvelles technologies de l’information, Internet, téléphones mobiles est impressionnant tout autant que l’insalubrité chronique des villes ; les voitures neuves d’importation voisinent avec des « épaves roulantes » croulant sous le poids des colis et des personnes ; les maisons en terre battue, sans eau ni électricité, côtoient les villas ultramodernes et hyper équipées. Le supermarché du religieux se porte aussi très bien : de nombreuses nouvelles sectes prosélytes et agressives s’installent à coté des « vieilles » religions traditionnelles : vaudou, islam et christianisme. En avril dernier,  un nouveau président de la république, issu de la société civile, a été élu avec plus de 75% des voix! Economiste de formation, il s’efforce de moraliser la vie publique : lutte contre la corruption, bonne gouvernance, accès de tous, garçons et filles, à l’éducation, partage des richesses … ! Il semble être bien apprécié des pays « donateurs ». On ne peut que lui souhaiter bonne chance !
Ce qui demeure et demeurera, je l’espère longtemps, est l’extrême gentillesse et l’accueil de ce peuple béninois, qui vit au quotidien la solidarité et le partage. J’y ai retrouvé de nombreux et véritables amis. Nos sociétés occidentales, par leurs courses au profit et au matérialisme, nous mettent souvent en danger d’humanité ! Ici, c’est souvent l’inverse, et on est tenté de penser qu’on vit en excès d’humanité ! C’est aussi d’une certaine manière un frein au développement … Il faudrait trouver ici comme ailleurs un juste milieu !

Espérance. Personnellement, j’ai retrouvé avec plaisir ce pays, même si un brin de nostalgie m’habite de temps en temps quand je pense aux années passées en communauté à Craponne et dans les Balcons du Lyonnais, et aux confrères, jeunes, parents et amis, avec qui j’ai parcouru avec joie en France un bout de chemin. De toutes ces expériences on acquiert une plus grande sensibilité aux personnes humaines, qui, quels que soient leurs pays, leurs origines, leurs situations sociales et matérielles, leurs religions et leurs cultures, nous font découvrir chaque jour davantage la vraie richesse de la nature de l’homme, image et semblance du Dieu d’amour, comme le dit François de Sales. Je rends grâce à Dieu de me permettre de vivre aujourd’hui encore cette aventure, lui demandant, malgré les difficultés inévitables et mes propres faiblesses, la force et le courage de vivre les missions qui me sont confiées dans la joie et l’espérance, sans sombrer dans l’habitude, la lassitude et le découragement. Car je perçois, chaque jour un peu plus, que la vie vaut tellement la peine d’être vécue quand on y laisse toute sa place à l’homme !

Bien fraternellement, bon Noël et bonne année 2007,

Jean-Luc Leroux, osfs

 

Message de P’tit Bio !

Dans les rayons du grand disque jaune orangé du soleil couchant se perçoivent les grains de sable du vent du désert, l’harmattan, qui dessèche tout sur son passage. La terre rouge et brûlée ne laisse plus paraître que l’ombre d’un feuillage. Alors qu’en faisant quelques pas je savoure la douceur chaude d’une paisible fin de journée, un bruit familier me fait me retourner. Le rythme léger et cadencé d’un tam-tam perce le demi silence du soir, seulement entrecoupé par l’appel à la prière du muezzin voisin et le ronflement sourd et lointain des lourds camions qui empruntent le goudron qui va vers le nord ! P’tit Bio vient à ma rencontre ! Depuis plusieurs semaines il avait disparu et comme chaque fois, à l’improviste, il recroise mon chemin.
D’un geste souriant il m’indique un sentier qui s’ouvre sous nos pas et j’avance à sa suite. Bientôt on entend le bruissement d’un petit marigot qui borde une clairière. Lorsque nous y pénétrons, plusieurs djembés se mettent à gongonner … Torse et pieds nus, ne gardant autour des reins qu’un léger pagne, P’tit Bio se met alors à danser. Son corps souple et svelte se met à l’unisson de la musique qui, de calme et légère, devient de plus en plus forte et rapide. Bientôt, ruisselant de sueur, il tournoie sans relâche, sa silhouette ne se percevant qu’à peine dans le vent de poussière soulevé par chacun de ses pieds martelant le sol. Formant un large cercle, les corps figés, tous regardent intensément vers lui. Plus rien n’existe ni ne se perçoit sinon ce corps décharné et déchaîné qui semble s’envoler et le rythme angoissant des mains qui frappent avec grâce et fureur les djembés.
Le temps s’est arrêté … !
Soudain, brusquement, danse et musique s’interrompent. Un profond silence s’établit. Nature et personnes semblent statufiées. On n’entend plus que la respiration saccadée de P’tit Bio prostré sur le sol, alors que la poussière se dépose lentement autour de lui. Rapidement, il se relève. Avec un sourire éclatant, il tourne vers nous son corps luisant et se met à chanter. Sa voix claire s’élève dans le jour finissant tandis que les oiseaux l’accompagnent d’un joyeux gazouillis. Comme un écho que les tam-tams relaient de clairière en clairière pour que, partout, chacun de vous l’entende de sa case, il nous adresse en chantant ce message :

La nuit est maintenant tombée. Chacun s’en est allé. P’tit Bio lave la sueur de son corps fatigué dans le petit marigot. Il me précède à nouveau sur le sentier, me guidant comme l’aveugle dans l’obscurité de la nuit. Au bout du sentier, alors que les premières lueurs de l’aube commencent à dessiner la terre, P’tit Bio me sourit une dernière fois avant de s’en retourner de son pas souple et léger… !
Au cœur de cette nuit, une espérance profonde est venue habiter mon cœur … !

 

J O Y E U X       N O Ë L  !