BACK
OSFS - Benin
Lettre
 

Chers amis,

En terre de résurrection !

Dans quelques jours, dans le monde entier, retentira un seul cri : « IL EST RESSUSCITÉ, IL  EST VIVANT ! » L’humanité est définitivement en terre d’espérance ; par sa passion et sa résurrection, Jésus, le Christ, nous a donné la Vie par amour !
« Théotime, le doux Jésus, qui nous a rachetés par son sang, désire infiniment que nous l’aimions, afin que nous soyons éternellement sauvés, et désire que nous soyons sauvés, afin que nous l’aimions éternellement, son amour tendant à notre salut, et notre salut à son amour (Traité de l’amour de Dieu, II, 8). »
Dieu a pris l’initiative de cette réciprocité amoureuse, lui qui, de toute éternité, a fait l’homme à l’image et semblance de son amour ! Nous voilà en terre de résurrection et appelés à relever le défi de témoigner que le monde et l’humanité sont définitivement sauvés par le Christ ressuscité ! Dans notre monde en désespérance, plus avide de succomber aux pulsions de mort qu’à celles de vie – il suffit de voir avec quelle passion morbide les mass-média se complaisent d’abord dans la diffusion des malheurs du monde –, donnant ainsi raison à Nietzche qui, parlant du christianisme, constatait que les chrétiens n’avaient pas des têtes de ressuscités !
Vivre la résurrection c’est affirmer avec force notre foi au Dieu d’amour, comme François de Sales ne cesse de le conseiller dans plusieurs de ses lettres d’amitié spirituelle : « Si le Sauveur a exhalé sa vie pour nous, pourquoi ne réduirons-nous pas la nôtre à son service et plus pur amour ? (Lettre DXCVI – Edition d’Annecy ) » ou encore «  Le saint amour de Dieu […] est un abîme des cœurs et des esprits. » (Lettre DCXXIII – Edition d’Annecy)
Vivre la résurrection c’est affirmer avec force notre foi en l’homme vivant et debout au cœur d’un monde lui aussi ressuscité et transfiguré comme aimait le souligner le Père Teilhard de Chardin. A André Frémyot, frère de Jeanne de Chantal, archevêque de Bourges, François de Sales écrivait : « Le monde, fait par la parole de Dieu, ressent de toutes parts cette parole ; toutes ses parties chantent la louange de Dieu. » (Lettre CCXXIX – Edition d’Annecy)
Vivre la résurrection c’est vivre chaque jour en « état de résurrection. » Poser à chaque instant sur l’homme et sur le monde un regard d’espérance. Mais cela ne peut se faire qu’en étant soi-même converti intérieurement à l’amour, laissant l’Esprit nous modeler à l’image du Seigneur. Les chemins salésiens nous sont connus : grandir en intériorité par la prière, grandir en fraternité par l’écoute et le partage, grandir en humanité dans l’humilité, la douceur et la simplicité. Sachons les emprunter dans chaque instant présent en lâchant prise ! Il faut savoir configurer son cœur et sa vie à l’amour. Tous les beaux discours ne le feront jamais, car c’est un travail, un combat intérieur dans un cœur à cœur avec le Seigneur. Nos gestes, nos paroles, nos actions doivent jaillir d’une vie intérieure … d’un cœur de ressuscité, habité par l’amour infini du Père, nourri par la Parole et l’Eucharistie du Christ Jésus à jamais vivant et inspiré à chaque instant par l’Esprit.
Ce qu’écrit encore François de Sales à André Frémyot à propos de la prédication peut s’étendre à toutes les facultés et attitudes de l’homme : « Il faut que nos paroles soient enflammées, non par des cris et actions démesurées, mais par l’affection intérieure ; il faut qu’elles sortent du cœur plus que de la bouche. On a beau dire, mais le cœur parle au cœur, et la langue ne parle qu’aux oreilles. »
Que la joie et la paix du Christ Vivant et Ressuscité nourrissent notre espérance et témoignent là où Dieu nous a plantés de l’infinie tendresse et de la miséricorde du Père !

Pâques, arc-en-ciel de résurrection !

Si l’instant présent est le lieu quotidien de l’amour, une brise nostalgique peut cependant toucher le cœur. Là-bas, au loin, quand le vent du désert dessèche les larmes et que le soleil brûlant darde ses rayons sur la savane arborée, P’tit Bio attend le retour d’un ami … . Déjà il parcourt les chemins, marchant à sa rencontre, voulant gagner la ville de son pas léger pour être le premier à le saluer. Les tams-tams et les djembés l’accompagnent, mettant en éveil toute la forêt. Dans chaque village où il repose son corps et ses pieds fatigués, il ne prononce que ces quelques mots : mon ami est de retour.
Là-bas, dans son lointain pays, l’ami est saisi d’une même nostalgie … Il était venu visiter les siens, et maintenant qu’il a bu à la calebasse de toutes les amitiés, il a hâte de retrouver son pays d’adoption. Là-bas, quelle est douce la brûlure du soleil sur la peau tannée, qu’il est puissant le rugissement du lion au fond de la savane, qu’elle est belle l’amitié partagée chaque jour et sans cesse renouvelée.
Dans ce lointain pays, l’ami se sait en terre d’humanité. Une humanité à l’image et semblance de l’Amour ! Tout pays peut être terre de cœur, si l’homme y est aimé d’un amour vrai et sincère, qu’il soit pauvre comme la terre assoiffée d’eau, qu’il soit riche comme le bananier regorgeant de fruits, qu’il soit malade comme le vieux baobab, qu’il soit jeune et rapide comme la gazelle, qu’il soit noir comme l’ébène qui luit ou qu’il soit blanc comme la pâleur de la lune !
L’ami à hâte de parcourir à nouveau là-bas ces chemins d’humanité, comme il les a longuement parcourus là où sa vie a pris naissance. Si déjà il contemple un peu plus chaque jour le soleil couchant que la lumière étincelante du matin, il sait qu’au fond de son cœur est entée la jeunesse de la vie, coulant du fleuve même de l’amour. Un amour dont la source a jailli le matin même de Pâques, au sortir du tombeau, en arc en ciel de résurrection.
L’ami sait aussi que dans quelques jours, sur toute la terre, l’humanité va ouvrir le livre du Ressuscité qui, mort sur une Croix, est vivant pour toujours, liant la liane de l’amour à la porte du Paradis éternel … ! Cloches et tams-tams vont réveiller la terre … ! Le chant de l’Amour ouvre les cœurs à la Vie ! L’humanité peut désormais vivre en espérance d’harmonie !
Dans leurs cœurs, chacun dans son pays, P’tit Bio et son ami vont jouer la musique de Dieu sur le clavier de l’Amour. Tous les instruments se sont donné rendez-vous ! Leurs notes expriment la paix, la joie, l’accueil, la miséricorde, la compassion … ! Pâques est la fête de la Vie. Elle surgit des profondeurs de la souffrance et de la mort, mais elle transforme tout en éternité d’amour !
Le Ressuscité t’attend, ouvre-lui la porte de ton cœur ! Que la paix et l’amour du Christ Ressuscité s’y niche, à Pâques, pour l’éternité !!!

Jean-Luc Leroux,
Supérieur des Oblats de saint François de Sales au Bénin