L’homme est racheté par l’amour: Benoît XVI présente son encyclique


Paroles de Benoît XVI avant l’angélus (1)

ROME, Dimanche 2 décembre 2007 (<A href="http://www.zenit.org/">ZENIT.org</A>) – « L’homme est racheté par l’amour » : Benoît XVI a résumé son encyclique sur l’espérance chrétienne, « Spe salvi » en insistant sur cet aspect du texte qu’il a signé le 30 novembre.
« La science contribue beaucoup au bien de l’humanité - sans aucun doute -, mais elle n’est pas en mesure de le racheter. L’homme est racheté par l’amour, qui rend la vie personnelle et sociale bonne et belle », a souligné le pape.
Après avoir évoqué le sens du temps de l’Avent, temps de l’attente pleine d’espérance, qui commence par ce premier dimanche, le pape a dit : « Ce dimanche est donc un jour indiqué s’il en est pour offrir à toute l’Eglise et à tous les hommes de bonne volonté ma seconde encyclique que j’ai justement voulu consacrer au thème de l’espérance chrétienne. Elle s’intitule « Spe salvi » parce qu’elle s’ouvre par l’expression de saint Paul : « Spe salvi facti sumus – Dans l’espérance nous avons tous été sauvés » (Epître aux Romains 8, 24) ».
Benoît XVI a souligné combien l’espérance est liée à la foi, dans le Nouveau Testament et dans la vie des saints.
Mais le pape a expliqué surtout la racine de cette espérance chrétienne : la foi dans la miséricorde et la bonté de Dieu : « C’est un don qui change la vie de qui le reçoit, comme le démontre l’expérience de tant de saints et de saintes. En quoi consiste cette expérience, si grande et si ‘fiable’ qu’elle nous fait dire qu’en elle nous avons le ‘salut’ ? Elle consiste, en substance, dans la connaissance de Dieu, dans la découverte de son cœur de Père bon et miséricordieux ».
C’est justement ce Père très bon que Jésus de Nazareth est venu révélé, expliquait encore le pape en disant : « Jésus, par sa mort sur la croix et par sa résurrection, nous a révélé son visage, le visage d’un Dieu tellement grand dans l’amour qu’il nous communique une espérance inébranlable, que pas même la mort ne peut entamer, parce que la vie de qui se confie à ce Père s’ouvre sur la perspective de la béatitude éternelle ».
Dans son encyclique, Benoît XVI montre que la foi chrétienne a été peu à peu remplacée dans la mentalité moderne par la « foi dans le progrès », mais que cette foi est ambiguë : le progrès scientifique peut apporter un mieux ou un pire, selon l’usage qu’en fait la liberté de l’homme.
A l’angélus, le pape reprend cette idée en d’autres termes : « Le développement de la science moderne a confiné la foi et l’espérance toujours davantage dans la sphère privée et individuelle, si bien qu’aujourd’hui il apparaît de façon évidente, et parfois dramatique, que l’homme et le monde ont besoin de Dieu – du vrai Dieu ! – autrement, ils restent dépourvus d’espérance ».
« La science contribue beaucoup au bien de l’humanité - sans aucun doute -, mais elle n’est pas en mesure de le racheter. L’homme est racheté par l’amour, qui rend la vie personnelle et sociale bonne et belle. C’est pourquoi la grande espérance, pleine et définitive, est garantie par Dieu, par le Dieu qui est amour, qui, en Jésus, nous a visités, et nous a donné la vie, et en Lui reviendra à la fin des temps. C’est dans le Christ que nous espérons, c’est Lui que nous attendons ! », affirme le pape.
Il conclut sur le fait que l’espérance chrétienne, loin d’écarter le croyant de la vie concrète le pousse à l’action : « Avec Marie, sa Mère, l’Eglise va à la rencontre de l’Epoux : elle le fait par les œuvres de charité, parce que l’espérance, comme la foi, se démontre par l’amour ».
Lors de la célébration des premières vêpres du 1er dimanche de l’Avent, samedi en la basilique vaticane, le pape avait déjà présenté son encyclique une première fois aux fidèles en disant : « Je suis heureux de l’offrir en esprit à toute l’Eglise en ce premier dimanche de l’Avent, afin que, durant la préparation au saint Noël, les communautés et les fidèles individuellement puissent la lire et la méditer, pour redécouvrir la beauté et la profondeur de l’espérance chrétienne. Celle-ci est en effet inséparablement liée à la connaissance du visage de Dieu, ce visage que Jésus, le Fils unique, nous a révélé par son incarnation, par sa vie terrestre, et sa prédication, et surtout, par sa mort et sa résurrection ».
L’espérance chrétienne est donc, expliquait le pape, une espérance qui naît de la foi dans le Dieu qui est Amour, le « Père miséricordieux qui « a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique », afin que les hommes et avec eux toutes les créatures, puissent avoir la vie en abondance ».
Benoît XVI faisait observer que la religiosité païenne ne connaissait pas cette espérance, et pas non plus le « paganisme de notre temps » ni le « nihilisme contemporain », qui « corrode l’espérance dans le cœur de l’homme l’induisant à penser qu’en lui et autour de lui règne le rien : rien avant la naissance, rien après la mort ».
« En réalité, déclarait le pape, si Dieu manque, l’espérance disparaît. Tout perd son ‘épaisseur’ ».
Venant à la rencontre d’une objection commune, Benoît XVI affirmait que « l’au-delà n’est pas un lieu où nous finirons après la mort, c’est au contraire la réalité de Dieu, la plénitude de vue vers laquelle tend tout être humain ».
« A cette attente de l’homme, Dieu a répondu dans le Christ, par le don de l’espérance », pourtant, l’homme, libre, peut « dire oui ou non à l’éternité, c’est-à-dire à Dieu » et peut donc « éteindre l’espérance en lui-même », « l’éliminer de sa vie ».
Or, Dieu « sait que celui qui le refuse n’a pas connu son vrai visage » et c’est pour cela, expliquait-il, que Dieu « accorde in nouveau temps à l’humanité ».
Anita S. Bourdin

« Spe salvi », une encyclique pour redonner l’espérance à l’humanité
Benoît XVI : « La vie ne finit pas dans le néant »

ROME, Vendredi 30 novembre 2007 (Zenit.org) - Le pape Benoît XVI a publié ce vendredi sa nouvelle encyclique « Spe salvi » (« Sauvés dans l’espérance ») dans laquelle il présente à une humanité parfois désabusée, la dimension de l’espérance offerte par le Christ.
L’encyclique commence par un passage de la Lettre de saint Paul apôtre aux Romains qui rappelle que « dans l'espérance nous avons tous été sauvés » (8, 24), et souligne « comme élément caractéristique des chrétiens le fait qu'ils ont un avenir »: « leur vie ne finit pas dans le néant » (n. 2).
L’espérance, une rencontre
« Parvenir à la connaissance de Dieu, le vrai Dieu, cela signifie recevoir l'espérance », explique-t-il au numéro 3 de l’encyclique.
Le pape montre ce qu’est l’espérance chrétienne en citant l’exemple de l’esclave soudanaise, sainte Joséphine Bakhita, née en 1869 au Darfour, qui disait : « je suis définitivement aimée et quel que soit ce qui m'arrive, je suis attendue par cet Amour » (3).
Benoît XVI explique que Jésus n’est pas venu pour transmettre « un message social révolutionnaire », car « il n'était pas un combattant pour une libération politique ». Il a apporté « la rencontre avec le Dieu vivant, et ainsi la rencontre avec l'espérance qui était plus forte que les souffrances de l'esclavage et qui, de ce fait, transformait de l'intérieur la vie et le monde » (4).
Le Christ « nous dit qui, en réalité, est l'homme et ce qu'il doit faire pour être vraiment homme». « Il nous indique la voie et cette voie est la vérité » (6) explique Benoît XVI.
Il est clair, pour le pape, que l’espérance n’est pas quelque chose, mais Quelqu’un : elle ne se fonde pas sur ce qui est passager mais en Dieu qui se donne pour toujours (8).
En ce sens, ajoute-t-il « la crise actuelle de la foi » « est surtout une crise de l'espérance chrétienne » (17).
Désillusions
L’encyclique rappelle les désillusions vécues par l’humanité de nos jours comme le marxisme qui « a oublié l’homme » et « a oublié sa liberté ». « Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le mal. Il croyait que, une fois mise en place l'économie, tout aurait été mis en place », explique le pape.
« Sa véritable erreur est le matérialisme : en effet, l'homme n'est pas seulement le produit de conditions économiques, et il n'est pas possible de le guérir uniquement de l'extérieur, créant des conditions économiques favorables » (20-21), a poursuivi Benoît XVI.
Le pape analyse également une autre désillusion : la foi aveugle dans le progrès, de même que le mythe selon lequel l’homme peut être sauvé par la science.
« La science peut contribuer beaucoup à l'humanisation du monde et de l'humanité. Cependant, elle peut aussi détruire l'homme et le monde, si elle n'est pas orientée par des forces qui se trouvent hors d'elle ». « Ce n'est pas la science qui rachète l'homme. L'homme est racheté par l'amour » (24-26), fait observer Benoît XVI
« Lieux » de l'espérance
Le pape indique quatre « lieux » d’apprentissage et d’exercice de l’espérance.
Le premier est la prière : « Si personne ne m'écoute plus, Dieu m'écoute encore. Si je ne peux plus parler avec personne, si je ne peux plus invoquer personne – je peux toujours parler à Dieu » (n. 32).
Il rappelle le témoignage du cardinal Nguyen Van Thuan, qui passa treize ans de sa vie dans les prisons vietnamiennes, dont neuf en cellule d’isolement.
« Dans une situation de désespoir apparemment total, l'écoute de Dieu, le fait de pouvoir lui parler, deviennent pour lui une force croissante d'espérance qui, après sa libération, lui a permis de devenir pour les hommes, dans le monde entier, un témoin de l'espérance – de la grande espérance qui ne passe pas, même dans les nuits de la solitude » (32-34), écrit le pape.
Le deuxième « lieu » d’apprentissage de l’espérance est l’« agir ». « L'espérance dans le sens chrétien est toujours aussi espérance pour les autres. Et elle est une espérance active, par laquelle nous luttons pour que les choses n'aillent pas vers ‘une issue perverse’. Elle est aussi une espérance active dans le sens que nous maintenons le monde ouvert à Dieu. C'est seulement dans cette perspective qu'elle demeure également une espérance véritablement humaine » (35).
Troisième « lieu » d’apprentissage de l’espérance : la souffrance
« Il faut certainement faire tout ce qui est possible pour atténuer la souffrance», souligne le pape. Cependant, « ce n'est pas le fait d'esquiver la souffrance, de fuir devant la douleur, qui guérit l'homme, mais la capacité d'accepter les tribulations et de mûrir par elles, d'y trouver un sens par l'union au Christ, qui a souffert avec un amour infini » (36-39).
Le dernier « lieu » d’apprentissage de l’espérance est le Jugement de Dieu
« Oui, la résurrection de la chair existe. (33) Une justice existe ». « C'est pourquoi la foi dans le Jugement final est avant tout et surtout espérance – l'espérance dont la nécessité a justement été rendue évidente dans les bouleversements des derniers siècles » (41-47), explique le pape.
Toutefois, l’espérance n’est pas égoïste. « Nul ne vit seul. Nul ne pèche seul. Nul n'est sauvé seul. Continuellement la vie des autres entre dans ma vie : en ce que je pense, dis, fais, réalise. Et vice-versa, ma vie entre dans celle des autres : dans le mal comme dans le bien », écrit le pape.
« Comment puis-je me sauver moi-même ? Nous devrions aussi nous demander : que puis-je faire pour que les autres soient sauvés et que surgisse aussi pour les autres l'étoile de l'espérance ? », s’interroge le pape qui répond : « Alors j'aurai fait le maximum pour mon salut personnel » (48).
Benoît XVI conclut en présentant « Marie, étoile de l'espérance ». « Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers son règne ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route ! » (49-50).
La nouvelle encyclique de Benoît XVI a été présentée ce matin à la presse par le cardinal Georges Cottier, o.p., théologien émérite de la Maison pontificale, et par le père Albert Vanhoye s.j., professeur d’exégèse du Nouveau Testament au « Biblicum ».
Le P. Federico Lombardi s.j., directeur de la salle de presse du Saint-Siège, a précisé que l’encyclique a été entièrement écrite par le pape. Il n’a pas écarté la possibilité qu’après l’encyclique sur la charité « Deus caritas est » publiée en janvier 2006 et « Spe salvi » sur l’espérance, publiée ce vendredi, le pape consacre une encyclique à la première des trois vertus théologales : la foi.
Jesús Colina

Le sens de la souffrance dans l’encyclique de Benoît XVI sur l’espérance
Présentée ce vendredi à la presse

ROME, Vendredi 30 novembre 2007 (Zenit.org) - L’homme a une telle valeur aux yeux de Dieu qu’Il s’est lui-même fait homme pour pouvoir « compatir » avec lui. « De là se répand dans toute souffrance… la consolation de l'amour participe de Dieu et ainsi surgit l'étoile de l'espérance », explique le pape Benoît XVI dans sa nouvelle encyclique.
En tant que théologien et pasteur d’âmes, Benoît XVI a signé ce vendredi matin sa nouvelle encyclique « Spe salvi » sur le thème de l’espérance chrétienne, qui analyse les interrogations et les angoisses de l’homme, ainsi que leurs causes.
Selon la foi chrétienne, le salut qui nous a été donné est « une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent ». Dieu est le fondement de l’espérance, « le Dieu qui possède un visage humain et qui nous a aimés jusqu'au bout – chacun individuellement et l'humanité tout entière », explique le pape.
Ce visage est celui de Jésus, « personnellement mort sur la croix », et ce qu’il a apporté « la rencontre avec le Seigneur de tous les seigneurs, la rencontre avec le Dieu vivant », est un point essentiel dans l’existence humaine. « Il est vrai que celui qui ne connaît pas Dieu, tout en pouvant avoir de multiples espérances, est dans le fond sans espérance, sans la grande espérance qui soutient toute l'existence » : l’amour de Dieu, inconditionnel, « qui est en Jésus Christ », explique le pape.   Cette grande espérance est nécessaire dans les épreuves particulièrement dures, reconnaît le pape. L’une de ces épreuves est la souffrance, qui peut devenir une « école » d’espérance, comme il propose dans son encyclique.
« Nous pouvons chercher à limiter la souffrance, à lutter contre elle, mais nous ne pouvons pas l'éliminer » ; « Ce n'est pas le fait d'esquiver la souffrance, de fuir devant la douleur, qui guérit l'homme, mais la capacité d'accepter les tribulations et de mûrir par elles, d'y trouver un sens par l'union au Christ, qui a souffert avec un amour infini », fait observer le pape.
Parmi les témoins de l’espérance qu’il cite en exemple, figure le martyr vietnamien Paul Le-Bao-Tinh, mort en 1857, dont la « lettre de l’enfer » met en évidence la « transformation de la souffrance par la force de l'espérance qui provient de la foi », souligne Benoît XVI.
« Par la grâce de Dieu, au milieu de ces supplices qui ont coutume d'attrister les autres, je suis rempli de gaieté et de joie, parce que je ne suis pas seul, mais le Christ est avec moi », écrivait le martyr. Il a enseigné que dans l’espérance, « la souffrance – sans cesser d'être souffrance – devient malgré tout chant de louange », explique le pape.
Il s’agit d’une question cruciale, a rappelé le pape car, qu’il s’agisse de la personne individuelle ou de la société, « la mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre ».
« Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine », avertit Benoît XVI.
Cependant, conclut-il, « la société ne peut accepter les souffrants et les soutenir dans leur souffrance, si chacun n'est pas lui-même capable de cela et, d'autre part, chacun ne peut accepter la souffrance de l'autre si lui-même personnellement ne réussit pas à trouver un sens à la souffrance, un chemin de purification et de maturation, un chemin d'espérance ».


Marta Lago

 

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